3- Moi, je

De quoi les gens parlent le plus souvent? D'eux-mêmes, de leur vécu : joies, peines, aspirations, projets, nostalgie, événements marquants, etc... Ainsi, vont-ils s'accorder au vécu d'autrui, tout content de voir qu'ils ont des points communs, ou alors s'y opposer et rentrer en conflit...

En parlant d'eux-mêmes, les êtres révèlent plusieurs choses de leur nature non apparente : d'une part des information sur leur existence personnelle passé qui, il ne faut pas l'oublier, est traduite par leurs soins, c'est-à-dire fortement embellie.Ainsi révèlent-ils le culte de leur personnalité par orgueil, mais aussi parfois leur désemparement et leur impuissance face aux événements, d'où la nécessité des discussions philosophiques.

Celles-ci renferment certes des informations plus ou moints précieuses et utiles, mais des informations toujours compensatoires, car il faut bien que les êtres parlent de quelque chose afin de meubler leur vide existentiel et tenter de supprimer leurs doutes.

Aussi, abordons ces discussions théoriques, philosophiques, toujours en rapport étroit avec le vécu de chacun et que l'on nomme encore les débats d'idées...arrêtées ; des débats qui dégénèrent bien souvent en conflits de personnes, ce qui est tout à fait normal puisque les opinions mises en jeu ne peuvent pas ne pas être en rapport avec le vécu.

Ainsi ces débats ne sont en fait toujours que des débats hypocrites, puisque chacun se garde bien de mettre en avant la valeur de son vécu, ce qui aurait pour effet de révéler à autrui son impuissance à être heureux, et par conséquent son manque d'intelligence. Dans le cas contraire, il justifie son vécu dans le but de valider ses opinions, et lorsqu'on se rend compte de la nature de ce vécu, on ne peut s'empêcher de sourire dès lors qu'il affirme la haute valeur de ses opinions.

Dans les débats d'idées, si les êtres ne font en fait que parler d'eux-mêmes et de leur vécu d'une manière plus ou moins détournée, ils ont également la tendance à inclure les autres dans des théories plus ou moins osées, plus ou moins fumeuses et plus ou moins gratuites, et non plus en disant "je" ou "à mon sens", mais "nous" ou, plus pernicieux puisqu'indéfini : "on".

Ainsi ne font-ils, pourrait-on penser, que montre de leurs préjugés sur autrui, mais des préjugés cependant nés de leurs perception juste, quoique relative, de la condition humaine uniforme qui est également la leur mais qu'ils oublient. Et si cette perception est juste, c'est tout de même parce qu'ils savent encore reconnaître les fruits des arbres, tout juteux ou pourris qu'ils soient, d'ailleurs manifestement évidents : plaisirs éphémères mais aussi conflits, malheurs et souffrances relativements omniprésents sur la surface de la planète...

Mais cependant, inclure les autres dans un état de fait aussi juste soit-il, prédispose ces derniers à un sentiment de fatalité que rien ne vient contredire. Comment les êtres pourraient-ils même espérer sortir de leur condition présente, dans la mesure où ils n'ont aucune conscience d'une autre condition ou ne s'aperçoivent pas que pratiquement personne n'arrive à l'obtenir?

L'orgueil est toujours mal placé chez l'humain, car au lieu de demander à un autrui les recettes de son bonheur évident, il va en faire un problème, un complexe, tout en ayant parfois l'effronterie de lui formuler ses propres procédures de bonheur bien limitatives !

L'Art de la Dialectique

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